Essai sur l'homme - Suivi de Eloisa to Abelard / Héloïse à Abélard
Alexander Pope écrivit l’Essai sur l’homme en 1734. Dans des vers harmonieux, d’une densité souvent admirable, il nous propose, plutôt qu’une méditation philosophique, une sorte de roman sur l’homme, roman animé par un optimisme fervent. Voltaire vit en ce poème didactique « le plus sublime qu’on ait jamais fait ». Kant l’admira. De même Rousseau, Montesquieu, Diderot. Plus que son contenu philosophique, c’est sa tonalité enthousiaste, son empressement à persuader l’homme d’un bonheur possible, son déisme consolateur, qui marquèrent son temps, celui des Lumières naissantes.
Certes, Voltaire, après l’avoir encensé, l’attaqua non sans virulence, opposant à son optimisme, comme à celui de Leibniz, le désastre de Lisbonne. De leur côté, un Lessing ou un Moses Mendelssohn lui contestèrent le sérieux métaphysique, tandis que les tenants de l’orthodoxie religieuse fustigeaient son déisme.
Aujourd’hui, son roman de l’homme nous apparaît plus romanesque que jamais, et sa cosmologie bien obsolète. Quant à sa démonstration que la vertu seule assure le bonheur, nous y voyons d’abord un voeu pieux. Mais nous pouvons encore saluer dans l’Essai sur l’homme une belle tentative d’embrasser l’ensemble de la condition humaine et de donner aux humains des raisons d’espérer. Byron, dont le romantisme transgresseur aurait pu mépriser cette oeuvre, l’admirait au contraire par-dessus tout, et qualifiait Pope de « plus grand poète moral de tous les temps, de tous les climats, de tous les sentiments et de tous les stades de l’existence. »